Dépistage du cancer du col de l'utérus : le groupe technique national propose un frottis systématique à l'occasion de la grossesse

Publié le par ISPMS

Dépistage du cancer du col de l'utérus : le groupe technique national propose un frottis systématique à l'occasion de la grossesse

(Par Sylvie LAPOSTOLLE)

PARIS, 15 juillet (APM) - Le groupe technique national sur le dépistage du cancer du col de l'utérus s'apprête à recommander de systématiser la pratique d'un frottis pendant la grossesse, afin d'améliorer la couverture de ce dépistage.

Répondant à une question du sénateur Philippe Richert (UMP, Bas-Rhin) s'inquiétant du devenir de la campagne de dépistage organisé du cancer du col de l'utérus opérationnelle depuis 1994 dans son département, le ministre délégué à l'aménagement du territoire, Christian Estrosi, a assuré que "les expérimentations de dépistage organisées déjà dans certains départements ne sont pas remises en cause".

Il a par ailleurs rendues publiques, dans une réponse au Sénat fin juin, un certain nombre de mesures discutées et d'orientations retenues lors de la dernière réunion du groupe technique sur le dépistage du cancer du col qui venait d'avoir lieu.

Le mandat de ce groupe technique, comme ceux du cancer du sein et du cancer colorectal, a été prolongé par arrêté fin mai, jusqu'à fin 2005, le temps que le nouvel Institut national du cancer (INCa) prévoit dans quel cadre sera poursuivie cette action, rappelle-t-on.

Le ministre délégué a indiqué que "compte tenu de la fréquence du dépistage spontané et donc d'un faible gain qui serait apporté par un dépistage organisé, le groupe technique du cancer du col de l'utérus recommande dans un premier temps de favoriser l'accès à ce dépistage."

La couverture actuelle de la population féminine concernée par ce dépistage s'élèverait à 60%, avec 6 millions de frottis réalisés chaque année, mais ces chiffres cachent des disparités dans la participation.

La mesure retenue dans le plan cancer consiste à élargir l'offre de frottis à de nouveaux acteurs pour mieux atteindre les femmes non suivies par les gynécologues, à développer les actions auprès des femmes et à faciliter l'utilisation du test de papillomavirus humain (HPV), a rappelé le ministre délégué.

En outre, le groupe technique a proposé "de former des médecins généralistes et des sages-femmes à la pratique du frottis, de codifier cet examen, de lancer des campagnes ciblées en direction des femmes qui ne participent pas au dépistage, de systématiser la pratique du frottis pendant la grossesse, de réaliser des études sur les freins au dépistage", a poursuivi Christian Estrosi.

Il a également relevé qu'il n'existait pas de consensus sur la nécessité d'utiliser le test HPV pour un dépistage en population.

Le ministre a ajouté que la mise en place des actions favorisant le dépistage du cancer du col de l'utérus était prévue pour 2006, "notamment par l'INCa", et il a annoncé que le ministère chargé de la Santé a entamé une réflexion avec les organismes d'assurance maladie sur la cotation du frottis ainsi que sur la manière de s'assurer de la formation et ou de la mise à niveau des médecins généralistes et des sages-femmes.

UNE MESURE SIMPLE, EFFICACE ET PEU COUTEUSE

Interrogée par l'APM, la coordonnatrice du groupe technique, le Pr Marie-Cécile Vacher-Lavenu, anatomopathologiste à l'hôpital Cochin (Paris XIVème), confirme ces recommandations.

"Il n'est pas question de remettre en cause les départements pilotes là où le dépistage est organisé et généralisé", assure-t-elle. Il s'agit du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, du Doubs, de l'Isère et de la Martinique, rappelle-t-on.

"Au niveau national, notre souci est d'aller chercher les 40% de femmes non touchées par le dépistage individuel et l'une des idées concerne les femmes pendant la grossesse", explique le Pr Vacher-Lavenu.

En effet, "un pourcentage important d'entre elles n'ont pas eu de frottis depuis trois ans et il ne leur est pas systématiquement proposé", précise-t-elle. Or, l'âge moyen de la première grossesse est de 29 ans, ce qui correspond bien à la cible du dépistage.

En France, le dépistage du cancer du col par frottis est recommandé aux femmes de 25 à 65 ans, avec deux frottis à un an d'intervalle, puis en l'absence d'anomalie un frottis tous les trois ans, rappelle-t-on.

"Nous pensons que cette mesure serait efficace pour un surcoût faible, qui reste à chiffrer, puisque le frottis serait proposé lors d'une consultation de suivi de la grossesse qui comprend déjà un examen gynécologique", indique-t-elle.

A ce moment précis de leur vie, "les femmes sont plus captives, plus sensibles aux questions de santé et ce serait une bonne occasion pour faire un frottis d'une part -on peut découvrir des lésions- et leur donner une éducation de santé sur ce sujet d'autre part, afin de les sensibiliser à ce dépistage pour la suite".

En outre, pour les femmes issues de populations défavorisées -que le dépistage individuel a du mal à atteindre- et qui ont un nombre d'enfants important, chaque grossesse fournirait une occasion de faire ce dépistage.

L'encadrement de cette mesure qui concerne la grossesse est en cours de préparation pour une mise en oeuvre la plus rapide possible.

Le Pr Vacher-Lavenu indique avoir d'autres idées en tête mais confie la difficulté à surmonter "un obstacle culturel très fort". "On montre plus volontiers ses seins qu'on ne se laisse examiner en dessous de la ceinture et le frottis implique une intrusion. L'obstacle socioculturel est plus marqué après 40 ans (en plein dans la période de danger), ainsi que chez les femmes migrantes", estime-t-elle.

"Quand on va voir son médecin généraliste pour autre chose, c'est plus facile de se voir remettre un bon pour une mammographie de dépistage du cancer du sein que de passer sur la table de gynécologie", poursuit-elle.

"La femme doit être réceptive pour que la frontière de pudeur soit dépassée", pense la spécialiste.

"Et pourtant, en 2005, mourir d'un cancer du col, sans avoir eu de frottis, ce n'est pas admissible; c'est un échec de la prévention", souligne-t-elle.

Parmi les pistes explorées pour améliorer l'accessibilité au frottis figure donc la réalisation de cet examen par d'autres catégories professionnelles dont les partenariats sont à définir.

L'APPEL A PROJETS PREVU D'ICI LA FIN 2005

Interrogée sur une utilisation éventuelle du test sanguin HPV en dépistage primaire en association au frottis -qui pourrait augmenter la participation des femmes- comme se propose de l'expérimenter une équipe du Havre (cf dépêche APM du 22 février), le Pr Vacher-Lavenu indique connaître ce projet qui n'est "pas inintéressant".

Cette stratégie n'est pas recommandée pour l'instant et est sans doute "trop prématurée notamment en matière de coûts". De plus, il reste des questions non résolues : le rythme des examens, jusqu'à quel âge, la façon de gérer le fait d'avoir un test positif.

"Nous préférons pour l'instant faire en sorte qu'il y ait des bons frottis et mettre en place des mesures rapides, efficaces et peu coûteuses", souligne la spécialiste.

Néanmoins, elle rappelle qu'un appel à projets doit être lancé cette année, "avant la fin de l'année", et que l'évaluation d'une telle stratégie pourrait être éligible à un financement dans ce cadre.

Le cahier des charges de l'appel à projets reste à finaliser, notamment pour définir des comptes-rendus très standardisés des examens à imposer aux candidats à projets afin de pouvoir bien recueillir et exploiter les données de ces expérimentations.

Les projets devraient pouvoir commencer en 2006. Le lancement de l'appel à projets avait été annoncé pour le premier trimestre par la déléguée interministérielle pour la lutte contre le cancer afin d'ouvrir le programme à 4 ou 5 nouveaux départements dès 2005 mais, entre temps, la mission a passé le relais à l'INCa et les mandats des groupes techniques ont mis du temps à être renouvelés.

Le cancer du col de l'utérus est le deuxième cancer féminin dans le monde. Les dernières statistiques françaises de 2000 recensent 3.387 nouveaux cas par an et 1.000 décès pour un cancer qui pourrait être guéri s'il était diagnostiqué précocement.

sl/eh/APM polsan
SLIGC002 15/07/2005 09:18 CANCER GYREP
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Publié dans Les ISP ont la parole.

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